I) Approche théorique, intellectuelle, livresque et historique : la néguentropie et la pharmacologie.

Ce que nous nommons couramment « bordel » possède évidemment son équivalent plus scientifique : l'entropie. C'est un terme de thermodynamique pour désigner la tendance énergétique à la dispersion en éléments simples et indifférenciés. Son opposé est la néguentropie (le préfixe nég exprimant simplement la négation). L'activité de débordelisation est donc synonyme d'une activité de néguentropie mais nous préférerons souvent le mot de « bordel » car il est plus accessible, plus courant, il parle à tout le monde alors que la néguentropie passe pour un mot savant. La néguentropie étant un terme de thermodynamique qui concerne également des phénomènes naturels, si nous voulons avant tout parler du phénomène actuellement à l'oeuvre dans nos maisons et nos environnements humains, on pourra parler davantage de néguentropie domestique.

Deuxième et dernier concept théorique fondamental : la pharmacologie. Tous nos objets sont des objets techniques, c'est-à-dire pour les philosophes de la Grèce antique : des pharmaka (au singulier : pharmakon).

Par pharmakon les grecs entendaient un objet qui possède une face remède (qui aide, qui soigne) mais dans le même temps une face toxique (qui pollue, qui empoisonne et qui tue). Depuis plus de 2500 ans, à travers le concept de pharmakon, nous savons que ce que nous nommons « progrès » est en fait une tragédie, car chaque défaut corrigé par un pharmakon crée un nouveau défaut plus complexe appelant toujours de nouveaux pharmaka à la hauteur du nouvel enjeu. Mais les inventions techniques apparaissent bien souvent comme une condition humaine indépassable, c'est pourquoi, il faut à minima « faire de la pharmacologie » en lien avec la néguentropie afin de sélectionner, de faire des choix draconiens et mettre un terme à un usage inconsidéré d'objets (techniques). « Faire de la pharmacologie » consiste à « soigner » nos objets techniques, en les élisant en conscience et en les limitant au maximum (leur nombre et leurs effets toxiques).

Les objets forment un système composé de sous-systèmes : Baudrillard parlait donc du « système des objets ». La technique également : Jacques Ellul parlait du « système technicien ». Socrate disait que l'écriture (et la lecture) était un pharmakon. Bernard Stiegler par le soutien de nombreux philosophes des siècles passés philosophe actuellement concernant la néguentropie et la pharmacologie.

Alors, des Présocratiques, à Stiegler, en passant par tous les autres chercheurs, nous nous appuierons sur 2500 ans de recherches philosophiques en la matière pour atteindre notre objectif de débordélisation voire d'épuration.